Bienvenue dans le catalogue raisonné des dessins et peintures de l’artiste Josef Hofer (1945-) publiant dans sa forme inaugurale un corpus de 2292 œuvres réalisées entre 1995 et 2022.
Nous n’aurions pu proposer cet inventaire sans le travail rigoureux d’archivage réalisé par l’historienne de l’art Elisabeth Telsnig qui a joué un rôle déterminant dans la découverte, la reconnaissance et la préservation de l’œuvre de Josef Hofer. Nous la remercions ainsi que Gaspard Houvion, Anaïs Boulon, Diane Lancelin, Juliette Daveau, Romane Marliot, Lucas Mathieu, Manon Loiodice et Jeanne Rouxhet.
Vous pouvez nous aider à améliorer ce catalogue raisonné en nous écrivant à : contact@christianberst.com
Lorsqu’il représentait des figures humaines, il les dessinait d’abord nues et ajoutait ensuite les vêtements, selon un procédé qui rappelle les poupées de papier que l’on pouvait habiller de tenues découpées. Souvent, il ajoutait par des traits les cheveux de l’arrière du crâne, affichant ainsi en même temps l’avant et l’arrière de la tête, comme si, après avoir revêtu les personnages d’une armure, il protégeait leur visage avec un casque. Par ailleurs, il a également jeté sur le papier de manière éruptive des scènes érotiques très libres, avec des corps nus contorsionnés, souvent enlacés. Cette dichotomie révèle d’une part l’autisme dans lequel Josef Hofer était enfermé du fait de sa surdité, et d’autre part ses fantasmes et ses désirs qu’il pouvait exprimer par le biais du dessin.
Elisabeth Telsnig, extrait de l’article « À propos de Josef Hofer »
Vers l’année 2000, Josef Hofer fait l’acquisition d’un grand miroir qu’il place au sol. S’y observant pendant des heures, il y découvre son propre corps, son identité et sa virilité. Ce processus s’apparente, avec un retard indéniable, au « stade du miroir » : il prend conscience de son individualité à travers son reflet.
Cette confrontation avec son alter ego donne naissance à une production artistique intense, notamment des dessins érotiques et des autoportraits. Ces œuvres témoignent d’une conscience de soi considérablement renforcée et traduisent graphiquement la perception nouvelle qu’il a de lui-même.
Alors que ses premières œuvres alignaient des figures isolées, l’année 2003 marque un tournant. Hofer commence à entourer ses sujets d’un cadre aux couleurs saturées (jaune et orange), agissant comme un sanctuaire protecteur. La création de ces cadres devient une véritable obsession : guidé par une réglette en bois, il trace de minutieux entrelacs au crayon avant de les colorer. Ce procédé confère à ses dessins une puissante structure architecturale, apportant de la perspective et de la profondeur à ses compositions.
Elisabeth Telsnig, extrait de l’article « À propos de Josef Hofer »
Face aux nus de Josef Hofer, notamment ses figures masculines de 1910, on ne saurait manquer de songer à l’œuvre d’Egon Schiele, antérieures à un retour vers une tridimensionnalité jamais totalement assumée. C’est sans doute en raison de cette parenté artistique évidente que sa galeriste autrichienne, Monika Perzl, lui a offert pour Noël en 2007 l’ouvrage de Jane Kallir, Egon Schiele. Aquarelles et Dessins.
Si Josef Hofer commence par rejeter le livre avant de l’ignorer, il finit par le redécouvrir quelque mois plus tard. L’ouvrage lui procure une très forte impression et finit par le captiver totalement. Témoignant d’une profonde identification avec l’art du maître viennois, Hofer passe dès lors d’innombrables heures à étudier le livre et à en réinterpréter les motifs à sa manière, s’épuisant véritablement à l’étude de certains tableaux.
Comme Schiele, il aime jouer avec la ligne, le contour, la distorsion des positions et l’expressivité dramatique des corps. Fasciné par les poses des modèles de l’artiste autrichien, Hofer en reproduit avec d’infinies variations les images qui l’ont le plus profondément marqué.
Elisabeth Telsnig, extrait de l’article « À propos de Josef Hofer »
À partir de 2012, la proportion du cadre jaune-orange de ses dessins diminue jusqu’à disparaître complètement en 2018, date à laquelle Josef Hofer manifeste le souhait de sortir son miroir de sa chambre. De même les lettres de son surnom « PEPI » (diminutif de Josef en allemand), très tôt tracées dans un cartouche discret, occupent progressivement tout l’espace du fond de l’image, souvent inversées en miroir.
Les derniers dessins de Josef Hofer, exécutés depuis 2015, renouent avec les mêmes traits d’esquisse de ses débuts. Ils illustrent des scènes de son quotidien : sa poupée avec son biberon et sa tétine, des vêtements de poupée ou les impressions laissées par ses séjours à l’hôpital — l’ambulance, un stéthoscope, des seringues, des pistolets à urine. Les visages, par leur traitement expressionniste, presque grimaçant, rappellent à nouveau les silhouettes de Jean-Michel Basquiat.
Elisabeth Telsnig, extrait de l’article « À propos de Josef Hofer »